RENCONTRE AU BORD DU CHEMIN

Proposition pour l’appel à projet “La Forêt Monumentale”. Rouen.

 

Ils étaient là, figés, attachés au temps par des lianes qui petit à petit les recouvriraient totalement. Derrière eux, une masse compacte, un agrégat composite les surplombait : un cocon suspendu aux arbres se balançait doucement au gré des vents, échappant ainsi à tout enracinement.
Plantés au bord du chemin tels les gardiens immobiles d’un tombeau, ils protégeaient des pilleurs ce fossile en mouvement — ce vestige d’une ère géologique passée ou future, mais encore vivant. En se décomposant, ce nid d’une espèce encore inconnue opérait sa lente métamorphose.

They were there, frozen, tied to time by vines that would gradually cover them completely. Behind them, a compact mass, a composite aggregate overhung them: a cocoon suspended from the trees swung gently with the winds, thus escaping any rooting.
Planted by the side of the road like the immobile guardians of a tomb, they protected from looters this moving fossil – this remnant of a past or future geological era, but still alive. As it decomposed, this nest of an as yet unknown species underwent its slow metamorphosis.

 

2018-10-05T15:15:19+00:00octobre, 2018|Categories: FIL, PROJETS|Tags: , , , |

BIVILLE SANDS (Suite)

 

 

Dès notre arrivée sur ce territoire aux roches métamorphiques, nos regards se portèrent sur les blocs prismatiques qui jonchaient le sol. Leurs silhouettes magmatiques semblaient faire partie intégrante d’une atmosphère saturée d’oxyde de fer. Ces exuvies abandonnées aux mouvements du terrain ne laissaient rien transparaître de leurs usages. Seules leurs dimensions compactes supposaient qu’elles aient pu servir d’abris, de tanières à une espèce disparue. À chaque instant, nous nous apprêtions à être surpris par l’apparition de spectres anthropomorphes tentant d’échapper à leurs capsules géologiques.

C’est ainsi que le sable prenait une teinte rouge au travers du prisme d’un gamma corrosif. L’océan, sous l’effet de marées stériles et de tempêtes arides, avait laissé place à un désert jonché d’une multitude de coquillages et de débris qui scintillaient sous la pâle lumière du soleil. Un au-delà immense et calme que permettait la radioactivité d’un air irrespirable.

Ils étaient partis sur Mars, et Mars était revenu à la Terre avec ses archéologues du futur. 

Face à eux s’étendait un paysage corbuséen d’éléments rouillés : artefacts roulants, volants et flottants — qui constituaient le champ de fouille sédimentaire et inter-planétaire d’une anthropogenèse machinique.

L’ère géologique de la poubelle nourrissait une vie mutante quelque part entre le végétal et le minéral.

Ici, le futur était enfoui sous une épaisse couche de poussière rouge.

Le futur est rouge comme une planète de déchets.

As soon as we arrived on this territory with metamorphic rocks, we looked at the prismatic blocks that littered the ground. Their magmatic silhouettes seemed to be an integral part of an atmosphere saturated with iron oxide. These exuviates abandoned to the movements of the ground did not show anything of their uses. Only their compact dimensions assumed that they could have been used as shelters, dens for an extinct species. At every moment, we were about to be surprised by the appearance of anthropomorphic spectra trying to escape their geological capsules.

Thus the sand took a red tint through the prism of a corrosive gamma. The ocean, under the effect of barren tides and arid storms, had given way to a desert strewn with a multitude of shells and debris that glittered under the pale light of the sun. An immense and calm beyond that allowed the radioactivity of an irrespirable air.

They had gone to Mars, and Mars had returned to Earth with its future archaeologists.

Facing them lay a corbusian landscape of rusty elements: rolling, flying and floating artifacts – which constituted the sedimentary and interplanetary excavation field of a machinic anthropogenesis.

The geological era of the dustbin nourished a mutant life somewhere between the vegetable and the mineral.

Here, the future was buried under a thick layer of red dust.

The future is red as a planet of waste.

2018-09-03T10:25:47+00:00juillet, 2018|Categories: FIL, PHOTOS, TEXTES|Tags: |

BIVILLE SANDS

« Dans les tombes du temps, il n’y avait pas de cadravres, pas de squelettes empoussiérés. Les fantômes cyberarchitectoniques qui les hantaient étaient embaumés dans les codes métalliques des bandes mémorielles, transcriptions moléculaires tridimensionnelles des originaux vivants, entreposées au milieu des dunes par un acte de foi stupéfiant, dans l’espoir que la recréation physique des personnalités codées serait un jour possible. Au bout de cinq mille ans, on avait abandonné à regret les tentatives, mais, par respect pour ceux qui les avaient érigés, les mausolées avaient été abandonnés à la mer de Virgile et aux hasards du temps. » Les tombes du temps, J.G. Ballard 1963.

Biville, France. Octobre 2013.


2018-05-05T17:01:40+00:00avril, 2018|Categories: FIL, PHOTOS|Tags: , |

L’AUTRE LIGNE

Climax Paris 2017, Maison de l’architecture Ile-de-France. Nominé.

 

L’Autre Ligne est une fiction. Ian Kame Taverner dérive dans les rues de Paris qui a atteint son climax. Alors qu’il suit la ligne 2 du métromatique aérien entre les stations Jaurès et Stalingrad, il y découvre suspendues à ses poutres métalliques d’étranges structures molles en formation.

Minuit venait de passer, mais l’air ambiant était encore lourd et chaud. Défilant sur ses rétines électro-sensibles, les algorithmes prédicateurs n’arrêtaient pas de soumettre son cerveau artificiel à de nouvelles données ; mais aucune ne voulait changer le cours des choses. Cela faisait maintenant plus d’une semaine que Ian n’était pas sorti de chez lui — même depuis l’intérieur cartographié de son sommeil hypodermique. L’atmosphère rafraichie de son appartement n° XB15 était devenue un véritable dopant anxiogène. Mais cette nuit-là, il en avait envie, il irait déambuler dans les rues noires à la dérive.

Son errance le conduisit vers la ligne. Cette ligne de métal qui supportait toujours le métromatique. Il aimait cette frontière invisible qu’il suffisait de suivre pour imaginer ce qui avait été autrefois une des limites de la capitale. Elle n’était plus maintenant qu’une étendue informe aux lumières indéfinies.

Paris avait pourtant évolué, on avait tenté de le transformer à des fins résilientes. La ville faisait de son mieux pour répondre aux contraintes d’un futur qui s’éternisait dans un présent à perpétuité dans lequel zonaient des corps schizophrènes et dégénérés par l’horloge atomique.

Sa vision était troublée. Ian ne savait pas si c’était parce que le taux d’humidité indiqué sur ses capteurs était élevé, mais il se sentait pris dans un bouillonnement d’images étranges. Il suivait toujours la ligne dont les dessous par endroits se déformaient comme si une maladie apparaissait — la ville ne supportait plus son climax bio-technologique. La vie avait pourtant su résister, mais l’offre éco-industrieuse n’avait pas répondu à la demande de manière équitable.

Les prothèses qui devaient maintenir un état urbain stable mutaient. Les cerveaux botoxés des survivants avaient donné naissance à un alien urbain métastasé. Des bubons luminescents et suants la vermine technique apparaissaient là où la ville pouvait encore les accueillir.

The Other Line is a fiction. Ian Kame Taverner drifts through the streets of Paris, which has reached its climax. As he follows Line 2 of the aerial Metromatic between the Jaurès and Stalingrad stations, he discovers strange soft structures suspended from its metal beams.

It was past midnight, but the surrounding air was still hot and heavy. Scrolling through his electro-sensitive retinas, the predictive algorithms never stopped subjecting his artificial brain to new data—but none of them wanted to change the course of things. It had now been over a week since Ian didn’t leave home—even since the mapped interior of his hypodermic sleep. The cooled atmosphere of his apartment had become a real anxiogen drug. This night, because he wanted to, he would stroll along the dark streets adrift.

His wandering led him toward the line, this metal line that had always supported the Metromatic. He liked this invisible border, he only needed to follow to imagine what had once been one of the boundaries of the capital. It was now nothing more than a shapeless expanse of undefined lights.

Nevertheless, Paris had evolved; and attempts had been made to transform it for resilient purposes. The city was doing its best to meet the constraints of a future that dragged on in a perpetual present, in which schizophrenic bodies wandered aimlessly, degenerated by the atomic clock.

His vision was clouded. Ian didn’t know if it was because the humidity readings on his sensors were high, but he felt caught in a web of strange images. He was still following the line, whose undersides were twisting in places as if a disease was emerging—the city was no longer supporting its biotechnological climax. Life had been able to resist, but the eco-industrial supply had not equitably met the demand.

The prostheses that had to preserve a stable urban state were mutating. The botoxed brains of the survivors had given birth to a metastasized urban alien. Luminescent buboes sweating the technical vermin appeared there, where the city could still host them.

2018-09-03T14:36:09+00:00mars, 2018|Categories: FIL, PROJETS|Tags: , , , , , |

STHENO ISLAND

LA+ IMAGINATION – Mention honorable – Publication printemps 2018 dans LA+ Journal

 

When machines proliferate through a reproductive instinct on a cosmic scale—the planets of our solar system will have all been visited and certain ones colonized to permit their logical expansion. A rapid and limitless surge of machines along the quantum curves of time and space—beyond all human, animal and plant boundaries.

Titan, Saturn’s moon. The latest satellite images have revealed the appearance of a shiny exogenous point on the black liquid expanse of the Kraken Mare.

Plates were tangled together like the embedded carcasses of a gigantic automobile accident. At first contact with the atmosphere of Titan, they seemed to oxidize, fossilize and thus make up future sedimentary layers.

No element corresponded to the geological cross-section already extracted and known on this moon.

The silence contrasted with the picture of the shock of impact that had formed this synthetic landscape. Something had fallen. In the viscous black expanse, a broken silhouette emerged and seemed to move in order to take shape. A powerful wave-like force of survival was operating the tectonics of these plates in agony—an energy of new beginnings which attached itself to a burst but still intact chrysalis-like body through its self-loving will.

The compact aggregation of debris formed an island, very different from the other archipelagos of the Kraken Mare. The petrifaction that it had undergone gave it its Gorgon name: Stheno.

The failed machine matrix was restructuring itself in order to be self-fertile once again. A programmed survival for itself and by itself.

It was entropy on the loose in a sea of oil. Exo-trash had found there a favorable environment for its proliferation. An endemic limitless source of energy, favorable for voracious and efficient exploitation.

 

 

Quand les machines proliféreront dans un instinct de reproduction à échelle cosmique — les planètes de notre système solaire auront toutes été visitées, et pour certaines colonisées pour permettre leur expansion logique. Une poussée machinique fulgurante et sans limites sur les courbes quantiques du temps et de l’espace — au-delà de toutes fins humaines, animales et végétales.

Titan, lune de Saturne. Les dernières images satellites firent apparaître un point brillant de nature exogène sur la noire étendue liquide de la Kraken Mare.

Des plaques étaient enchevêtrées telles les carcasses enchâssées d’un gigantesque accident automobile. Elles semblaient commencer au contact de l’air titanesque à s’oxyder, se fossiliser et ainsi constituer de futures couches sédimentaires.

Aucun élément ne correspondait aux échantillons géologiques prélevés et connus de cette lune.

Le silence contrastait avec l’image du choc de l’impact qui avait formé ce paysage synthétique. Quelque chose avait chuté. Dans l’étendu noire et visqueuse, une silhouette disloquée émergea et sembla faire mouvement pour se constituer et faire forme. Une puissante force ondulatoire de survie actionnait une tectonique des plaques à l’agonie – une énergie du recommencement qui s’accrochait à un corps chrysalide éclaté mais encore intact dans sa volonté auto-désirante.

L’agrégation compacte des débris formait une île, étrangère aux archipels de la Kraken Mare. La pétrification qu’elle suscita lui donna son nom de Gorgone : Stheno.

La matrice machinique échouée se restructurait afin d’être de nouveau auto-fécondée. Une survie programmée pour elle-même et par elle-même.

C’était une entropie à la dérive sur une mer de pétrole. Des exo-déchets avaient trouvé là un milieu propice à leur prolifération. Une source d’énergie endémique sans limites, favorable à un parasitage vorace et efficace.

 

 

 

2018-03-16T17:28:46+00:00octobre, 2017|Categories: FIL, PROJETS|Tags: , , , , , , , , , |

METAL DUST

 

« Mars… Maudit désert rouge, avec son soleil, ses mouches et ses ruines! » Le retour des explorateurs, Philip K. Dick.

 

 


CUT – TERRAIN D’ATTERRISSAGE

Gale Crater, Mont Sharp. À la suite des différentes missions robotisées, il fut décidé que ce serait là que l’on enverrait l’une des premières équipes humaines. Le site d’atterrissage est un désert encerclé de montagnes. Le mont Sharp domine cette portion de territoire martien.

 

 

CUT – LES EXPLORATEURS

Les foreuses fonctionnaient à plein régime. Il fallait rapporter le maximum de prélèvements du sol extraterrestre. On savait que la conquête de Mars ne serait possible que grâce aux machines. L’air irrespirable limitait les mouvements des hommes suréquipés. Les images des explorateurs diffusées sur Terre suscitaient un nombre incalculable d’interprétations.

 

 

CUT – ALLER SANS RETOUR

Chaque semaine, des navettes convoyaient leur lot de nouveaux arrivants. L’exploitation minière attirait les terriens malchanceux qui espéraient un meilleur avenir sur ces terres hydroxydées. Confinés dans leur habitat pressurisé, ils avaient pour principale tâche de veiller sur les machines. Ils savaient que c’était ici, dans cette oasis de vie, qu’ils passeraient le reste de leurs jours. Leur contrat ne mentionnait pas de billet retour.

 

 

CUT – L’AUTRE MONDE

Les « Marsworks » prenaient forme. Les générations de natifs se succédaient, abandonnant peu à peu leurs campements aux origines terriennes. La mutation devenait endogène.Un nouveau monde peuplé de martiens se dessinait.

 

2018-01-17T19:08:02+00:00mars, 2017|Categories: FIL, PROJETS|Tags: , , , , , , |

LA FORÊT COSMIQUE

« La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ». Constantin Tsiolkovski

Une forêt dense recouvre la pointe d’une île. Des chemins sécurisés sont empruntés par les estivants pour atteindre les plages de sable blanc. Un stalker accompagné de son chien nous conduit à bord de son vieux bus dans cette « Zone » d’un autre temps à travers la forêt — où blocs, dalles, débris de béton et fragments d’objets forment une couche sédimentaire.
Une forêt dans laquelle le futur peut réapparaitre au bord du sentier.

Peenemünde, Allemagne. Août 2015.

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2018-04-25T19:20:53+00:00septembre, 2016|Categories: FIL, PHOTOS|Tags: , , , , , , , , |
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