PHOTOGRAPHIES2018-03-16T17:18:52+00:00

« Je suis convaincu que le futur s’est perdu, quelque part dans la décharge d’un passé historique ». Robert Smithson

BIVILLE SANDS (Suite)

 

 

Dès notre arrivée sur ce territoire aux roches métamorphiques, nos regards se portèrent sur les blocs prismatiques qui jonchaient le sol. Leurs silhouettes magmatiques semblaient faire partie intégrante d’une atmosphère saturée d’oxyde de fer. Ces exuvies abandonnées aux mouvements du terrain ne laissaient rien transparaître de leurs usages. Seules leurs dimensions compactes supposaient qu’elles aient pu servir d’abris, de tanières à une espèce disparue. À chaque instant, nous nous apprêtions à être surpris par l’apparition de spectres anthropomorphes tentant d’échapper à leurs capsules géologiques.

C’est ainsi que le sable prenait une teinte rouge au travers du prisme d’un gamma corrosif. L’océan, sous l’effet de marées stériles et de tempêtes arides, avait laissé place à un désert jonché d’une multitude de coquillages et de débris qui scintillaient sous la pâle lumière du soleil. Un au-delà immense et calme que permettait la radioactivité d’un air irrespirable.

Ils étaient partis sur Mars, et Mars était revenu à la Terre avec ses archéologues du futur. 

Face à eux s’étendait un paysage corbuséen d’éléments rouillés : artefacts roulants, volants et flottants — qui constituaient le champ de fouille sédimentaire et inter-planétaire d’une anthropogenèse machinique.

L’ère géologique de la poubelle nourrissait une vie mutante quelque part entre le végétal et le minéral.

Ici, le futur était enfoui sous une épaisse couche de poussière rouge.

Le futur est rouge comme une planète de déchets.

As soon as we arrived on this territory with metamorphic rocks, we looked at the prismatic blocks that littered the ground. Their magmatic silhouettes seemed to be an integral part of an atmosphere saturated with iron oxide. These exuviates abandoned to the movements of the ground did not show anything of their uses. Only their compact dimensions assumed that they could have been used as shelters, dens for an extinct species. At every moment, we were about to be surprised by the appearance of anthropomorphic spectra trying to escape their geological capsules.

Thus the sand took a red tint through the prism of a corrosive gamma. The ocean, under the effect of barren tides and arid storms, had given way to a desert strewn with a multitude of shells and debris that glittered under the pale light of the sun. An immense and calm beyond that allowed the radioactivity of an irrespirable air.

They had gone to Mars, and Mars had returned to Earth with its future archaeologists.

Facing them lay a corbusian landscape of rusty elements: rolling, flying and floating artifacts – which constituted the sedimentary and interplanetary excavation field of a machinic anthropogenesis.

The geological era of the dustbin nourished a mutant life somewhere between the vegetable and the mineral.

Here, the future was buried under a thick layer of red dust.

The future is red as a planet of waste.

BIVILLE SANDS

« Dans les tombes du temps, il n’y avait pas de cadravres, pas de squelettes empoussiérés. Les fantômes cyberarchitectoniques qui les hantaient étaient embaumés dans les codes métalliques des bandes mémorielles, transcriptions moléculaires tridimensionnelles des originaux vivants, entreposées au milieu des dunes par un acte de foi stupéfiant, dans l’espoir que la recréation physique des personnalités codées serait un jour possible. Au bout de cinq mille ans, on avait abandonné à regret les tentatives, mais, par respect pour ceux qui les avaient érigés, les mausolées avaient été abandonnés à la mer de Virgile et aux hasards du temps. » Les tombes du temps, J.G. Ballard 1963.

Biville, France. Octobre 2013.


LA FORÊT COSMIQUE

« La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ». Constantin Tsiolkovski

Une forêt dense recouvre la pointe d’une île. Des chemins sécurisés sont empruntés par les estivants pour atteindre les plages de sable blanc. Un stalker accompagné de son chien nous conduit à bord de son vieux bus dans cette « Zone » d’un autre temps à travers la forêt — où blocs, dalles, débris de béton et fragments d’objets forment une couche sédimentaire.
Une forêt dans laquelle le futur peut réapparaitre au bord du sentier.

Peenemünde, Allemagne. Août 2015.

peenemunde_01

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BIVILLE SANDS (Suite)
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BATTERIE DE MAISY
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